Lettres et littérature américaines

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Archives de Tag: ecologie

Ecologie y es-tu, m’entends-tu ?

Comme promis, voici une présentation du premier tome de Vers une écologie de l’esprit (1972) de Gregory Bateson. Il s’agit en fait d’essais de Bateson divisés en trois sections : les métalogues, Forme et modèle en anthropologie et enfin, forme et pathologie des relations. Pour aujourd’hui, nous nous intéresserons surtout à l’introduction et à la première partie. Nous aurons occasion d’aborder les deux autres sections ultérieurement. Lire la suite

Perspectives environnementalistes

Huelgoat, Roche du Diable

Une fois n’est pas coutume, nous aborderons un auteur non américain mais qui façonna pourtant l’écologie radicale à l’américaine. Il s’agit du norvégien Arne Naess (1912-2009) qui en 1973 définit le concept « d’écologie profonde » (deep ecology) qui s’oppose à « l’écologie superficielle » (shallow ecology). L’ouvrage qui nous intéresse ici, Vers l’écologie profonde, est un long dialogue s’étendant sur plusieurs années entre David Rothenberg et Arne Naess. David Rothenberg est un essayiste et musicien américain.

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Tout un monde à déboulonner !

J’en ai parlé précédemment, et je pense que l’occasion est bien choisie pour introduire un autre roman qui a littéralement bouleversé le monde des mouvements écologistes radicaux dans leurs modes d’actions, leur existence et leurs discours. Il ne s’agit pas d’Arne Naess car il s’en inspire, ou de Dave Foreman (qui après avoir quitté Greenpeace a fondé Earth First!), mais du Monkey-Wrench Gang (1975) ou en français Le gang de la clé à molette. Contrairement aux autres ouvrages traitant des relations entre littérature engagée et écriture de la nature il ne s’agit pas ici d’un essai, d’un pamphlet, ou d’un ouvrage cherchant à éveiller les consciences. Lire la suite

The Book of Yaak (Le livre de Yaak)

Dans le titre il y a de quoi interpeler : Yaak. Autant le dire tout de suite, ceci n’a rien à voir avec l’animal, le yack. Le Yaak est une petite vallée de moyenne altitude, située au nord ouest du Montana, à la frontière avec le Canada. « Yaak » est le mot Kootenai pour « flèche ».

Le livre de Yaak ne contient pas vraiment une histoire, pas à proprement parler, il s’agit plutôt d’un plaidoyer de l’auteur, Rick Bass, pour sa vallée. En effet, le discours profondément engagé pour la préservation de ses montagnes montre tout le désespoir de l’auteur face à une industrie avide de profits, un État désengagé et désintéressé, et un espace naturel toujours plus menacé. Lire la suite

Rachel Carson

Rachel Carson (1907-1964) est avant tout une biologiste marine qui s’est ensuite tournée vers la littérature de vulgarisation scientifique engagée dans la protection des espaces aquatiques. Elle s’est fait connaître dans le monde du Nature Writing avec The Sea Around Us (1951) et son best-seller Silent Spring (1962) dénonçant, à la fois le lobby de l’industrie agroalimentaire, l’utilisation folle des pesticides — et en particulier du DDT — et l’inaction de la société sur ces questions. C’est un véritable pavé dans la mare qu’elle jette avec Silent Spring car elle ne se contente pas de  mettre à mal toute la rhétorique et la pensée sur l’usage des pesticides (ils ne sont pas dangereux, ils ne polluent pas, &c), elle met en avant des alternatives écoresponsables.

Elle décède en 1964 d’un cancer.

John Muir

John Muir est né en 1838 en Écosse, où il passe les 11 premières années de sa vie avant que ses parents ne décident d’émigrer vers les États-Unis. Sur le nouveau continent, ils s’installent dans le Wisconsin, dans une petite communauté où ils vivent de l’agriculture. John Muir et ses 8 frères et sœurs reçoivent une éducation liée à la religion et à la vie pratique de la ferme, c’est une enfance très dure qui les attend, sans éducation autre que celle de la Bible.

A l’âge de 22 ans, il part à Madison, la grande ville du Wisconsin, pour participer à une exposition d’inventions. Il se fait remarquer pour son ingéniosité et ses fabrications et intègre l’université nouvellement créée. Ayant tout à apprendre – écriture, lecture, calcul, &c –, il ne se lance que plus tard dans les études de géologie et de biologie. Pendant la guerre civil, il émigre au Canada pour ne pas avoir à se battre et travaille dans une compagnie forestière. Une fois la guerre terminée il retourne aux États-Unis et entreprend sa marche de 1 000 miles d’Indiana à la Floride en 1867, puis part en Amérique du Sud. En 1916 est publié le récit de sa marche dans A Thousand Mile Walk to the Gulf.

C’est en rentrant de Panama qu’il arrive en 1868 à San Francisco et qu’il découvre la Sierra californienne. Il tombe tout de suite amoureux de cette région. Pendant de longues années il va explorer les montagnes de Californie, puis celles du Yellowstone, de l’Alaska, l’Arctique, &c.

Il participe grandement dans la création des premiers parcs nationaux aux États-Unis avec le Yellowstone, le Yosemite, le Grand Canyon, la Vallée de la Mort, &c et ses livres ont aussi beaucoup influencé le président Theodore Roosevelt qui lui même aimait les grands espaces sauvages, en plus de séduire un large public. John Muir est aujourd’hui considéré comme le père de l’écologie aux États-Unis.

Il fonde en 1892 la Sierra Club Association et en devient le président jusqu’à sa mort en 1914. Cette association se bat pour protéger les espaces sauvages de Californie, mais devient de plus en plus importante avec le temps tant et si bien qu’aujourd’hui elle est présente partout aux États-Unis, mais aussi au Canada et au Mexique et compte plus de 600 000 membres !

Après le séisme qui secoua San Francisco en 1906, il est décidé de construire un réservoir en dehors de la ville pour qu’elle soit toujours alimentée en eau et en électricité même après une catastrophe naturelle. C’est la vallée de Hetch Hetchy qui est retenue, ce qui s’avère être une autre catastrophe pour John Muir qui la célèbre pour sa beauté et sa valeur spirituelle dans ses divers essais (The Mountains of California 1894, Our National Parks 1901, The Yosemite 1912 pour les plus connus). Il se distancie alors de son ami Gifford Pinchot (qui devint le premier président du National Forest Services créés en 1905) qui, lui, faisait passer les intérêts humains avant ceux de la Nature. C’est alors que naissent les deux principaux mouvements écologistes : celui de la préservation représenté par John Muir (qui veut protéger la nature pour sa valeur esthétique) et celui de la conservation de Pinchot (qui veut une utilisation raisonnée et respectueuse de la nature pour que les générations suivantes puissent aussi en profiter). En 1913 le problème n’est toujours pas réglé et finalement, c’est le Congrès qui tranche la question en faveur du mouvement de Pinchot avec le Racker Act. John Muir ne digère pas cette défaite et tombe malade peu de temps après la décision et meurt finalement le 24 décembre 1914. La construction du barrage ne commencera pas avant 1915.

Les autres publications de John Muir intéressantes que je peux vous conseiller pour les avoir lues sont :

My First Summer in the Sierra ou Un été dans la Sierra, 1911 ainsi que ses nombreux essais que l’on peut trouver dans Our National Parks (1901), The Yosemite (1914), The Mountains of California (1894).

Je ne tiens pas à présenter dans la globalité les recueils d’essais de John Muir mais je m’attarderai plus volontiers sur des essais en particulier.