Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

Archives de Catégorie: Les livres

Croire n’est pas savoir

Cascade, Pays de Galles Voilà plusieurs semaines que je n’ai rien posté, faute de temps essentiellement… Pourtant les lectures s’accumulent ! Au fil de différentes lectures, je suis tombé sur une perle, un extrait de Resurgence (1998) de Barry Lopez intitulé « The Language of Animals ». Cet extrait est publié dans un recueil d’essais et de nouvelles : A Place on Earth (2003), une anthologie compilée par Mark Tredinnick et dédiée au « sense of place« , concept abordé sur ce blog à plusieurs reprises. Cette anthologie est vraiment fascinante à plusieurs titres : les textes et auteurs sont très divers et tous offrent une vision globale du rapport entre l’homme et son environnement. Il n’y a pas une vision, une vérité mais un ensemble holistique. Chacun des extraits choisis par Mark Tredinnick mérite qu’il soit présenté plutôt que de brosser une vision générale et trop vague de cet ensemble.

Je pensais avoir déjà présenté Barry Lopez ou Lire la suite

Descente dans le Grand Canyon

Le dernier texte sur lequel je me suis penché est un peu particulier, il s’agit d’une nouvelle de non-fiction basée sur une descente du Grand Canyon de 9 jours par Laurie H. McMillin, une universitaire américaine qui travaille sur le nature writing. Dans le cadre de l’ISLE (Interdisciplinary Studies in Literature and Environment, le journal publié par l’Association for the Studies of Literature and the Environment) elle a publié un court texte fort intéressant sur cette courte expédition. Il est intéressant de temps de temps de troquer le regard de l’écrivain/artiste pour celui du critique, et c’est exactement à ce jeu que  Laurie H. McMillin s’est prêtée avec Lire la suite

John Haines, ce solitaire du grand nord

Voici un autre livre des éditions Gallmeister, et je les remercie chaudement pour cette lecture qui s’est révélée exaltante et rafraîchissante, c’est le moins que l’on puisse dire ! John Haines a écrit en 1989 Vingt-cinq ans de solitude (traduit par Camille Fort) ou The Stars, the Snow, the Fire en anglais, relatant son expérience dans l’Alaska depuis son arrivée en 1947. Il s’agit d’une œuvre de non-fiction qui se passe au cœur de cette région septentrionale, près de Richardson. L’auteur dresse une succession de tableaux sur sa vie en solitaire dans les bois et montagnes de l’Alaska, où il vit de chasse, pêche, de son potager et de quelques conserves. Comme dans la plupart des livres de Lire la suite

Tout n’est pas que Nature

Tout d’abord, je tiens à remercier Marlène des éditions Albin Michel pour m’avoir fait parvenir ce livre qui bien que n’appartenant pas au genre nature writing demeure une agréable lecture. La quatrième de couverture laissait pourtant envisager un roman proche de ce genre littéraire : « Habité par la présence entêtante des paysages du Montana dont Kevin Canty a fait son territoire littéraire, … » Comme quoi, on ne comprend que ce que l’on veut bien comprendre ! Il faudra donc lire les autres livres de l’auteur pour en avoir une meilleure idée. Après avoir présenté Toutes les choses  de la vie, je m’attacherai à mettre le doigt sur ce qui fait un livre de nature writing.

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Edward Abbey, increvable !

koyaanisqatsiVoici un de mes auteurs préférés du Grand Ouest américain : Edward Abbey, bien que je n’ai présenté que peu de ses livres sur ce blog (The Monkey-Wrench Gang (1975) et Confessions of a Barbarian (1990)). Edward Abbey est célèbre dans le milieu du nature writing pour ses frasques et sa verve, son côté polémiste. Cependant, on oublie parfois trop facilement qu’il écrivait avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision, ne considérant pas tout ce qu’il disait et écrivait comme sérieux. Ceci ne l’a pas empêché d’écrire de nombreux essais pourtant sérieux que l’on peut trouver dans The Journey Home (1971) ou dans le livre qui nous intéresse aujourd’hui : One Life at a Time Please, publié en 1978. Lire la suite

Contrée indienne

Avant de commencer quoi que ce soit, je tiens à remercier les éditions Oliver Gallmeister pour avoir accepté de m’envoyer ce livre avec Le Livre de Yaak de Rick Bass.

Un nouvel article sur une écrivaine du grand ouest américain : Dorothy M. Johnson. L’ouvrage qui nous intéresse ici est Contrée Indienne (1953), un recueil de nouvelles traitant toutes de la relation entre les indiens des plaines et les blancs. Ce recueil a été traduit par Lili Sztajn. Il faut noter que certaines de ses nouvelles ont été adaptées en film dans les années 1950. Les nouvelles sont de longueurs égales à quelques pages près : 20 pages. Un format idéal, qui implique une réelle densité de l’écriture. Lire la suite

Axe Handles

J’ai déjà parlé de quelques textes de Gary Snyder (ici, , ou ici et enfin ) aussi bien de ses textes en prose qu’en vers. Aujourd’hui je vais m’intéresser à un de ses recueils de poèmes : Axe Handles (manches de hache) publié en 1983. Ce qui est fascinant chez Gary Snyder est qu’il mêle trivialité du quotidien à la spiritualité et à l’environnementalisme. Le premier poème qui donne le nom au recueil, « Axe Handles » traite de la confection d’un manche de hache, et « In making the handle/ Of an axe/ By cutting wood with an axe/ The model is indeed near at hand » (En façonnant le manche d’une hache en coupant le bois avec une hache, le modèle est en réalité à portée de main). Se référant à son maître zen ou à Ezra Pound, le poète perçoit un rapport de transmission du savoir dans cet acte d’artisanat. En effet, l’homme (se) construit à partir de modèles, que cette construction soit physique ou mentale. Ainsi, en apprenant à son fils Lire la suite

La Transcendante

Il y a environ deux semaines, j’ai eu une agréable surprise : Marlène Prévot travaillant aux éditions Albin Michel m’a demandé si j’étais intéressé de présenter un roman de cette rentrée littéraire : La Transcendante de Patricia Reznikov. Inutile de préciser que je n’allais pas décliner une telle proposition ! Un grand merci donc à Marlène de s’être perdue sur ce blog !

Tout d’abord, le titre : La Transcendante fait référence au mouvement Transcendantaliste aux Etats-Unis, ici le mot désigne une voie ou une personne – les deux en fait ! Lire la suite

Un lieu pour soi ?

ImageC’est en lisant une revue spécialisée (ISLE de l’hiver 2012) dans le nature writing que j’ai découvert cette courte nouvelle de Jeff Fearnside : « Place as Self » ou en français : « l’espace comme personne » (si vous trouvez un équivalent en français plus approprié, n’hésitez pas à le donner dans les commentaires). L’ISLE (Interdisciplinary Studies in Literature and the Environment — Etudes interdisciplinaires de littérature et environnement), le pendant de papier de l’association ASLE (Association for the Study of Literature and the Environment — Association pour l’étude de la littérature et de l’environnement) créée au début des années 1990. Déjà, la couverture (image à droite) est évocatrice : un pin à cônes épineux, espèce endémique des Montagnes Rocheuses — bristlecone pine en anglais. Ce pin est surtout connu pour sa longévité, certains spécimens sont vieux de plus de 5000 ans ! Ce pin est un arbr Lire la suite

Le coeur est l’âme d’un pays

Même si cela va faire bientôt un an que je n’ai rien posté sur ce blog, faute de temps et de motivation, ce n’est pas pour autant que je n’ai pas mis de côté mes lectures sur le nature writing, que ce soit d’œuvres de littérature ou critiques. Après tout, l’écocritique (ecocriticism ou green studies) ne se limite pas au nature writing américain, et interroge aussi sur les relations entre homme et nature au niveau de la société, de l’histoire, des médias, etc. L’écocritique telle qu’elle est définie par ses instigateurs n’est qu’un biais par lequel on regarde et questionne le monde, au même titre que le féminisme, le marxisme et la psychanalyse et le post-structuralisme.  Ce n’est qu’un cadre qui va permettre la structuration et la problématisation d’un regard porté sur le monde et sur l’art, et ainsi positionner le regard critique sur un angle neuf, ou tout au moins différent — ce qui ne fait pas de mal ! Lire la suite