Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

Contrée indienne

Avant de commencer quoi que ce soit, je tiens à remercier les éditions Oliver Gallmeister pour avoir accepté de m’envoyer ce livre avec Le Livre de Yaak de Rick Bass.

Un nouvel article sur une écrivaine du grand ouest américain : Dorothy M. Johnson. L’ouvrage qui nous intéresse ici est Contrée Indienne (1953), un recueil de nouvelles traitant toutes de la relation entre les indiens des plaines et les blancs. Ce recueil a été traduit par Lili Sztajn. Il faut noter que certaines de ses nouvelles ont été adaptées en film dans les années 1950. Les nouvelles sont de longueurs égales à quelques pages près : 20 pages. Un format idéal, qui implique une réelle densité de l’écriture.

Les thèmes que l’on retrouve dans la plupart des nouvelles sont en plus de la relation entre indiens — généralement les sioux — et blancs, d’échanges de prisonnier contre de la verroterie, de la place de la femme et de l’enfant dans l’ouest américain, aussi bien chez les blancs que les indiens. Au-delà d’un choc des cultures, l’ensemble des nouvelles décrivent un échange de cultures. En effet, l’immersion des blancs chez les amérindiens et inversement — bien que dans une moindre mesure — suit généralement le même schéma : refus, résignation et acceptation/compréhension.

A mon avis, ce que l’auteur a cherché à montrer à travers ses 11 nouvelles est le besoin pour chacun d’avoir une place dans le grand ouest et surtout de le comprendre ! Cette région revendiquée par les uns et les autres appartient effectivement à tout le monde. Cet Ouest sans frontière de Thoreau, ce wilderness, est en proie à une domestication par l’homme blanc, mettant ainsi fin au mythe de l’Ouest, laissant la voie libre à l’émergence d’une nouvelle ère industrieuse et productiviste — comme l’illustre parfaitement le tableau de John Gast American Progress 1872. Les indiens vivant dans l’obscurantisme fuit la technologie et l’épanouissement que permet la Bible. Les indiens sont comparés aux animaux sauvages, incapables de vivre dans un monde civilisé. Et pourtant, on ne ressent pas de nostalgie chez Dorothy M. Johnson. On retrouve davantage l’envie de faire revivre un passé et une histoire mythiques mais pas d’y retourner.

En effet, les hommes décrits dans ces nouvelles sont souvent cruels et durs et n’ont rien à envier aux sauvages du tableau ci-dessus. Les femmes et les enfants sont traités souvent comme des animaux et n’ont de place dans ce monde civilisé que dans le giron d’un patriarcat sectaire. Les femmes qui ont été enlevées par les indiens et qui ont été intégrées à leur société trouvent souvent une place et une importance qu’elles n’avaient pas chez les blancs. Est-ce pour autant qu’elles sont heureuses ? Pas toutes, et pas vraiment. En effet, les années passées parmi les indiens ont parfois permis à la fondation d’un nouveau foyer et le retour à la civilisation blanche est perçu comme un nouveau déchirement. De même, les enfants qui ont été éduqués à la culture amérindienne ne retrouvent plus leur place une fois le retour dans leur famille d’origine effectué et sont perçus plus comme des indiens que comme des blancs.

Peut-on y voir de la revendication féministe ? Peut-être, mais ce qui saute davantage aux yeux est encore une fois la nécessité pour l’homme de trouver une place dans le monde qu’il habite et de vivre dans un monde plus éthique — envers lui-même, les autres et la nature.

Bien que l’ensemble de Contrée indienne soit agréable à lire, j’ai trouvé que les nouvelles se ressemblaient toutes un peu, le fait de rester toujours dans la même thématique et de traiter la relation blancs/amérindiens toujours sous le même angle finit par lasser. Un recueil à découvrir toutefois mais je pense qu’il serait préférable de lire une nouvelle ou deux puis de passer à autre chose avant de poursuivre la lecture.

Vous trouverez un avis bien plus enthousiaste sur le blog « lectures au coin du feu » à visiter absolument.

En vous souhaitant une excellente année 2014 !

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5 réponses à “Contrée indienne

  1. Folfaerie 01/04/2014 à 14:39

    Tout d’abord, une très belle année à toi, en espérant de belles découvertes littéraires 🙂
    Bon, je ne cache pas une légère déception à la lecture de ton billet. J’espérais un enthousiasme total pour Contrée Indienne, un livre que je porte aux nues, alors évidemment, ton avis mitigé m’embête un peu. En même temps, c’est intéressant de confronter nos points de vue car là où tu as ressenti une certaine lassitude face au thème récurrent des nouvelles, moi j’y ai trouvé un sujet inépuisable approfondi sous plusieurs aspects. De tous les auteurs de westerns que j’ai pu lire jusqu’à présent (et en fait ils ne sont pas nombreux) c’est la seule à aborder le sujet des relations entre blancs et indiens sous cet angle. On ne trouve pas cette dimension chez Alan Le May, Roy Chanslor, ou chez des auteurs plus contemporains comme Elmore Leonard.Mais bon, je n’ai pas tout lu non plus…
    A bientôt alors…

    • lavieen4d 01/04/2014 à 15:07

      Excellente année à toi aussi !
      J’ai bien aimé le style efficace et très « rentre-dedans » de l’auteur, mais il manquait le petit quelque chose qui va faire mouche ;-).
      Comme tu le pointes du doigt sur ton blog, D. Johnson ne traite pas des paysages et c’est peut-être ce qui me manquait. Un peu dans le même registre, je préfère de loin Mary Austin et son Land of Little Rain. Je sais que c’est aussi un de mes défauts que de chercher toujours les références propres au nature writing ou à la topophilie dans les livres que je lis. Mais cette approche critique ouvre sur tellement de questions et permet de donner une autre perspective aux œuvres — enfin de mon point de vue — qu’il m’est difficile de pas m’y rattacher.
      Je ne connais absolument pas les auteurs dont tu parles en fin de commentaire, je tâcherai d’y jeter un coup d’oeil ! Mes connaissances sur la littérature du Western sont très limitées, mais il demeure quelques classiques : Edward Abbey a fait un livre sur le Far West — mauvais d’après de nombreuses critiques –, il y a aussi Le dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper — même si c’est avant cette époque mythique.

      En tous cas, merci de passer régulièrement et de laisser des commentaires de temps en temps !

      • folfaerie 01/07/2014 à 16:39

        « Je sais que c’est aussi un de mes défauts que de chercher toujours les références propres au nature writing ou à la topophilie dans les livres que je lis. Mais cette approche critique ouvre sur tellement de questions et permet de donner une autre perspective aux œuvres — enfin de mon point de vue — qu’il m’est difficile de pas m’y rattacher. »
        Ne change surtout rien, ce c’est ce qui fait le grand intérêt et l’originalité de ton blog. Je viens chez toi car je sais que j’y trouverai des billets fouillés qui m’apportent une autre perspective sur la littérature américaine.

  2. Mary 03/30/2014 à 14:01

    Je note. Je sens que ça va me plaire !

  3. Electra 01/07/2015 à 18:11

    Je découvre ton blog – je suis fan des livres Gallmeister et j’aime le nature writing (j’ai habité au Montana et passionnée par les tribus indiennes).
    Bref, j’ajoute ton blog à ma liste
    j’ai lu Contrée indienne (en relisant mon billet paru sur mon autre blog, depuis j’en ai créé un dédié aux livres) j’avais beaucoup aimé (il est aussi plus enthousiaste que le tien)
    http://www.theflyingelectra.com/2013/12/contree-indienne-de-dorothy-mjohnson.html

    sinon la chance, Gallmeister t’envoie des livres ? Moi j’en demande toujours plein à Noël, ça devient un peu maladif …..

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