Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

Le livre du voyage

1894, deux ans après la création de la Sierra Club Association par John Muir, Mountains of California est publié. Arrivé en 1868 à San Francisco, il part explorer les montagnes et vallées du Yosemite et de la Sierra Nevada. Un des premiers ouvrages publié par John Muir, Mountains of California transgresse (presque) tout ce qui a pu se faire auparavant en littérature. En effet, les seize essais qui constituent cet ouvrage couvrent de nombreux champs d’investigation : géologie, écologie, biologie, géographie et art. Ce classique ne peut néanmoins être catalogué dans la littérature scientifique comme l’écriture ne suit pas la rigueur exigée par le style — et de toute manière, là n’était pas le but. En effet, l’objectif de l’auteur était de donner envie aux gens d’aller dans les montagnes et les forêts et prendre conscience de la vacuité de leur mode de vie faussement confortable.

La nature sauvage est ici au centre de l’ouvrage. Mais cette nature est loin, très loin, des conceptions de l’époque : elle est belle, splendide, et si l’homme veut en faire profiter les générations futures, il se doit de la garder intacte.

The time will undoubtedly come when the entire area of this noble valley will be tilled like a garden, when the fertilizing waters of the mountains, now flowing to the sea, will be distributed to every acre, giving rise to prosperous towns, wealth, arts, etc. Then, I suppose, there will be few left, even among botanists, to deplore the vanished primeval flora.

Le temps viendra indubitablement où toute cette vallée sera labourée tel un jardin, où les eaux fertiles des montagnes, qui maintenant coulent vers la mer, irrigueront chaque parcelle, donnant naissance à des villes prospères, à de la richesse, à l’art. Puis, je suppose, il ne restera que quelques uns, même parmi les botanistes, pour se lamenter la flore primitive qui aura alors disparu.

Un peu désabusé par le futur, John Muir demeure cependant d’un optimisme à toute épreuve. En effet, tout — absolument tout — est digne d’intérêt à ses yeux : l’écorce des arbres, le nombre de fleurs dans les jardins de la vallée (oui il compte le nombre de fleurs dans les prairies), les types de roches, etc. Et cet optimisme peut aussi se révéler dangereux, comme lorsqu’il décrit les orages dans le chapitre « Sierra Thunder-Storm » (les orages de la Sierra) où il explique que pour avoir une meilleure vue de l’orage il monte à l’arbre le plus haut qu’il trouve, se laissant balancer d’avant en arrière par le vent, une fois à sa cime. Ou encore, ses glissades sur les avalanches ! A aucune moment il ne dit avoir peur ou se sentir en danger, ce n’est qu’après l’expérience passée qu’il prend conscience des risques encourus.

Ce qui est intéressant aussi est le fait qu’il s’adresse directement au lecteur en employant tour à tour les pronoms « you » (vous), « we » (nous), ou encore l’impératif. L’effet est sans appel, en tant que lecteur on a l’impression d’être à ses côtés tout au long du livre, saisi par le vertige quand il se penche pour voir ce qu’il y a en bas d’une falaise, s’extasiant devant le vol gracieux des oiseaux de proies, les orages majestueux, mais aussi se lassant (un peu) des descriptions qui peuvent parfois s’étendre sur des pages et des pages.

Car, bien que fascinant à lire, Mountains of California souffre de quelques longueurs et répétitions. Fort heureusement, celles ci ne ternissent en rien l’ouvrage.

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2 réponses à “Le livre du voyage

  1. keisha 09/29/2012 à 19:59

    J’aime Muir, cet homme semble modeste, d’un enthousiasme communicatif, et un vrai puits de science; En plus d’un marcheur forcené!
    Amateur de lettres et littérature américaines, étiez vous au festival America?

    • lavieen4d 09/29/2012 à 20:58

      Un puits de science, c’est on ne peut plus vrai ! J’admire ce qu’il a fait, que ce soit pour la littérature, le nature writing ou pour l’écologie politique.
      Et non, je n’étais pas au festival America, habitant dans les montagnes noires (centre Finistère), ça fait beaucoup de route — sans parler du boulot qui me prend un temps monstre…
      En tous cas, merci d’être passé ici !

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