Lettres et littérature américaines

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Ecologie y es-tu, m’entends-tu ?

Comme promis, voici une présentation du premier tome de Vers une écologie de l’esprit (1972) de Gregory Bateson. Il s’agit en fait d’essais de Bateson divisés en trois sections : les métalogues, Forme et modèle en anthropologie et enfin, forme et pathologie des relations. Pour aujourd’hui, nous nous intéresserons surtout à l’introduction et à la première partie. Nous aurons occasion d’aborder les deux autres sections ultérieurement.

L’introduction est particulièrement importante car elle ne fait pas que résumer ou présenter son ouvrage, mais elle pose bien une problématique globale, ou un cadre général à ses essais. Et heureusement qu’il y en a une car le lecteur serait alors pour le moins désemparé ! En effet, les métalogues traitent de tout et de rien. Mais qu’est-ce qu’un métalogue ? Voici la définition proposée par l’auteur :

Un métalogue est une conversation sur des matières problématiques : elle doit se constituer de sorte que non seulement les acteurs y discutent vraiment un problème en question, mais aussi que la structure du dialogue dans son ensemble soit, par elle-même, pertinente au fond.

Les conversations présentées se font entre un père et sa fille. La fille pose des questions à l’apparence « bête » (comme « papa, jusqu’où va ton savoir ? », « pourquoi un cygne ? » ou encore « pourquoi les choses ont-elles des contours ? ») et le père tente de répondre ou du moins d’orienter les questions pour amener à une conclusion ou à une tentative d’explication. Les réponses que Bateson propose ne sont pas figées, elles correspondent avant tout à une approche à partir d’une problématique donnée, elles se basent davantage sur les théories « comportementalistes » et conceptuelles de la nature humaine et sont par conséquent évolutives et sujettes à interprétation.

Mais revenons à l’introduction à Vers une écologie de l’esprit. A travers les différents essais, Bateson essaye de définir « l’idée » et cette définition,

proposée tout au long de ces essais, est beaucoup plus vaste et plus formelle que celle des descriptions classiques. Bien que les textes doivent parler d’eux-mêmes, je voudrais dire d’entrée de jeu que des phénomènes tels que : la symétrie bilatéral d’un animal, la disposition des feuilles d’une plante selon un modèle, l’escalade dans la course aux armements, les protocoles de l’amour, la nature du jeu, la grammaire d’une proposition, l’énigme de l’évolution biologique, la crise contemporaine des rapports de l’homme à son environnement, sont des phénomènes qui ne peuvent être vraiment compris que dans le cadre d’une écologie des idées, telle que je la propose.

La citation est longue mais elle est aussi clé. En effet, nous retrouvons de très nombreux domaines d’études : zoologie, science du vivant, anthropologie, écologie — en tant qu’étude des écosystème –, etc et la notion bien particulière de « écologie des idées ». Et pour bien comprendre ce que peut contenir l’association de ces deux termes, il faut revenir aux origines du mot écologie. Ce mot vient du grec : οικος (oikos, l’endroit où vit la famille) et λογος (logos, science, parler, désigner). Le terme est ici détourné par l’auteur pour porter sur les interactions entre les idées et comment elles naissent au contact d’autres idées. Les idées sont considérées ici comme des systèmes fonctionnant selon un principe et des règles bien définis (mais inconnus) et les différents métalogues permettent de retracer ou de suivre une suite d’association d’idées à partir d’une problématique donnée. En cherchant l’unité minimale d’une idée, on pointe du doigt le non-dit dans la création de l’idée.

Un des grands soucis de ce livre est que l’auteur n’a laissé qu’une très maigre place à l’explicite, tout restant finalement aux franches de l’évidence. C’est en mettant bout à bout les petits éléments et approches et nos propres interprétations et compréhensions des textes et essais qu’une idée globale, générale apparaît. La relation des systèmes entre eux reste toujours plus ou moins floue mais c’est au lecteur d’en dessiner les contours, l’auteur ne faisant que les pointer du doigt.

L’écologie au sens où Bateson l’entend se retrouve dans tout ce qui est perçu par l’homme, ce qui revient à dire le « tout » qui constitue la vie de l’homme. En effet, ce qui n’est pas perçu ou reconnu comme existant par l’être humain n’existe pas — dans une perceptive toujours anthropocentrée. La réalité ou non de quelque chose importe peu finalement tant qu’elle n’a pas un impact, aussi faible soit-il, sur notre perception de notre espace et de notre place dans celui-ci.

Mais Vers une écologie de l’esprit n’est pas que cela, c’est aussi un tas de petites réflexions et approches fraîches sur des problématiques parfois un peu vagues. Par exemple, autour du savoir et de sa mesure :

LE PERE : J’ai rencontré, en Angleterre,  un petit garçon qui, un jour, a demandé à son père : « Est-ce que les pères en savent toujours plus que les fils ? » « Oui », répondit LE PERE. « Qui a inventé la machine à vapeur ? », demanda alors le fils. « James Watt », dit LE PERE. « Et pourquoi ce n’est pas LE PERE de James Watt qui l’a inventée ? »

Ce jeu de l’esprit est exquis, la question naïve du fils soulève d’autres interrogations toutes aussi naïves qui viennent mettre en chambranle une logique figée et absolue. A travers les différents métalogue de Bateson, le lecteur comprend que la seule limite à ses idées sont celles qu’il s’impose. En effet, il est possible dans l’immatérialisme de l’esprit de créer des chemins qui n’existaient pas auparavant, de développer un sens critique et une curiosité qui conduiront aussi à une perception différente du monde qui nous entoure.

Mais alors, quel lien avec le Nature Writing pourriez-vous me dire ? Aucun en apparence me semble-t-il, je me suis laissé prendre au piège par le titre, mais je n’en suis pas pour autant déçu, comme cette présentation peut en être le témoin. Cependant, j’aimerais ajouter une dernière chose, la « critique littéraire » (ça y est, le mot est lâché) ne peut pas s’inspirer que de sa seule source, il faut aussi lire et découvrir ce qui est autour (aussi éloigné cela puisse-t-il paraître) pour avoir un regard autre, ou se rendre compte qu’il y a des voies possibles qui ne nous seraient jamais venues à l’esprit auparavant.

Bateson est une forme de littérature à lui tout seul, celle du tout et celle du rien.

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Une réponse à “Ecologie y es-tu, m’entends-tu ?

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