Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

Nature de Emerson, le langage

Le quatrième chapitre de Nature de R. W. Emerson traite de la relation que le langage et la pensée humaine entretiennent avec la nature et ses « objets » ou « faits ». L’auteur divise sa démonstration (qui s’inspire fortement de Spinoza) en trois parties :

Words are signs of natural objects.
Particular natural facts are symbols of particular spiritual facts.
Nature is the symbol of spirit.

Les mots sont les signes d’objets naturels.
Des faits naturels particuliers sont symboles de faits spirituels particuliers.
La nature est le symbole de l’esprit.

Ainsi, le langage chez Emerson est avant tout spinoziste c’est à dire que c’est de la nature que les idées et les mots sont apparus. Les idées sont des traces de phénomènes naturels. Pour appuyer ses dires, Emerson explique que la plupart des sensations et représentations propres à l’homme se retrouvent dans la nature : un homme fort est un taureau, une personne rusée est un renard, l’innocence est symbolisée par un agneau, le feu exprime le savoir, etc.

Dans une perspective plus globale ou transcendantale, ces phénomènes naturels représentent une âme universelle (universal soul) qui se retrouvent dans la justice, la liberté, la vérité, etc. Et cette âme universelle est appelé Raison par l’homme mais, considérée en relation à la nature, la Raison devient l’Esprit, ou le Père créateur de toute chose. La Raison est l’âme intellectuelle, l’Esprit en est sa conception naturalisée.

Le langage de l’homme et l’articulation de la pensée procédant des phénomènes naturels, Emerson explique ensuite que l’homme ne peut être compris sans ces phénomènes et que ceux-ci ne peuvent être compris une fois séparés de l’homme (car il leur donne un sens). La nature est donc créatrice de phénomènes et l’homme joue le rôle d’ordonnateur des sens. Ainsi, chaque fait et objet naturels sont élevés dès lors qu’ils sont considérés par « la philosophie intellectuelle » ou la nature humaine. « [They affect] us in the most lively and aggreeable manner » (Ils nous affectent de la manière la plus vive et la plus agréable).

La nature se mue alors en une gestalt car les différents phénomènes composant la nature une fois réunis forment un ensemble plus grand les dépassant tous : Dieu. Mais le langage et les idées découlant de ces phénomènes possèdent une essence divine qui se retrouvent dans l’homme et ses actions. « Parts of speech are metaphors, because the whole nature is a metaphor of the human mind » (les parties du langage sont des métaphores car toute la nature est une métaphore de l’esprit de l’homme).

Par extension, en appelant l’homme à se rapprocher de la nature, les transcendantalistes (et pas uniquement Emerson) espèrent que l’homme se rapprochera de ses origines naturelles et donc divines et surtout qu’il réécoutera ce que la nature aura à dire à travers son propre langage et à travers l’agencement de ses pensées et idées en étant en contact avec la nature. Le lien de parenté une fois avéré, il devient alors transcendant car il se retrouve partout : le langage de la nature et celui de l’homme se recoupant l’un dans l’autre. En écoutant la nature et en s’écoutant penser, l’homme ne peut que comprendre d’où il vient et par conséquent modifier son regard sur la nature.

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