Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

Pour une nouvelle éthique environnementale.

Aldo Leopold dans son A Sand County Almanac ou Almanach d’un comté de sable (1949) a consacré toute une partie à l’éthique de l’endroit (Land Ethic) et l’essai qui nous intéresse tout particulièrement ici est « Thinking Like a Mountain ». Le texte est aussi court qu’il est puissant. Tout part d’une anecdote alors qu’Aldo Leopold et un de ses collègues garde forestier aperçoivent ce qui semble être une biche sortant de la rivière. Il s’avère que l’animal était en réalité une louve qui rejoignait sa tanière.

In those days we had never heard of passing up a chance to kill a wolf. […] When our rifles were empty, the old wolf was down, and a pup was dragging a leg into impassable slide-rocks.

En ces temps là, nous n’avions jamais laissé une chance de tuer un loup. […] Quand nous tirâmes tous nos coups de fusil, le vieux loup était abattu, et un louveteau trainait la patte dans un éboulement rocheux inaccessible.

Ce qui peut sembler aujourd’hui une hérésie était dans les années 1930-1940 la norme. Cet épisode marque cependant le moment où Aldo Leopold se rend compte de l’erreur d’une telle politique en voyant « the green fire die in her eye » (le feu vert mourir dans ses yeux). Ce vers quoi il désirait tendre : le paradis du chasseur où il est le seul prédateur et régulateur de la nature perdait soudainement tout son sens.

Etonnamment, le texte d’Aldo Leopold suit la même logique argumentative et la même structure que « The Nature Consumers » de Wendell Berry — vu la semaine dernière, ici le lien vers le texte de Berry. Bien que la structure ne respecte pas le même ordre, on retrouve les mêmes éléments et une rhétorique similaire.

Tout d’abord, Aldo Leopold dresse un bilan catastrophique de la politique d’extermination des grands prédateurs en décrivant une montagne assassinée, un paysage post-apocalyptique :

I have seen every edible bush and seedling browsed, first to anaemic desuetude, and then to death. […] Such a mountain looks as if someone had given God a new pruning shears, and forbidden Him all other exercise.

J’ai vu tous les arbustes comestibles et fruitiers rasés, d’abord à un état de désuétude émaciée, puis jsuqu’à la mort. […] Une telle montagne donne l’impression que quelqu’un a donné à Dieu une nouvelle cisaille et Lui a interdit tout autre exercice.

Ces deux phrases illustrent bien l’irréversibilité de la politique de l’époque qui ne prenait pas en compte les conséquences potentielles sur le long terme, d’où le titre de son essai, l’homme devait apprendre à penser comme une montagne, en considérant le pour et le contre de chaque situation et les répercussions sur les décennies à venir.

Et pourtant, Aldo Leopold ne blâme pas le chasseur ou le politique. Comme Berry, il explique que lui aussi il a fait cette erreur un peu trop facile de croire que l’homme pourrait et saurait réguler le trop plein de gibier : « I was young then, and full of trigger-itch » (j’étais jeune à l’époque et avais la gâchette facile). De plus, lui aussi s’est laissé berner par le mirage où le gibier ne pouvait jamais être en trop grand nombre.

Mais une fois qu’il est avéré que le prédateur — le loup, l’ours et autres — a lui aussi son rôle à jouer dans la nature : celui de créer un équilibre entre chaque élément : les plantes, les herbivores, les oiseaux, les insectes, &c, peut-on ne pas remettre en question une telle pensée ? Et surtout, est-il possible de ne pas changer les façons de concevoir le prédateur ?

Pour Aldo Leopold, et il rejoint encore une fois Berry sur ce point là, il est nécessaire que le citoyen et donc la société se mobilisent pour forcer le gouvernement et l’agence de protection de l’environnement à repenser leur politique environnementale grâce au vote et à la loi. Une vision à court terme n’entraîne que désolation et fini par coûter bien plus cher : « Hence we have dustbowls, and the rivers washing the future into the sea » (ainsi nous avons des zones désertiques, et les rivières balaient le futur vers la mer).

Il s’agit d’un texte court mais puissant, un texte qui fait sans aucun doute encore écho aujourd’hui par rapport à l’actualité sur la réintroduction des ours dans les Pyrénées, du loup dans les Alpes en ce qui concerne la France. Ce texte est certes états-uniens mais il s’applique malheureusement dans de nombreux pays où l’aveuglement a pu prendre la place de la raison.

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