Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

Les consommateurs de la Nature

Rivière de l'Aven, entre Pont-Aven et Port Manec'h« Nature Consumers » est un essai publié dans le recueil The Long-Legged House (1969) par Wendell Berry. Cet essai traite du rapport entre l’homme et la rivière, la façon dont il l’utilise comme lieu de récréation, pour les loisirs. Une structure émerge à la lecture de ce court texte, structure que l’on retrouve dans d’autres publications (qui seront traitées plus tard) : il présente d’abord la rivière comme mise à mal par un manque de considération et de respect de la part des usagers, puis il explique en quoi ce ne sont pas vraiment les gens qui sont responsables car inconscients de leur impact. Il finit en montrant le rôle de la société dans la protection de la nature, et de la loi aussi pour amener la société à évoluer dans le « bon sens ».

Il présente tout d’abord une rivière jonchée de bouteilles, de plastiques, une rivière qui étouffe. Les plaisanciers poussent leurs embarcations à toute vitesse, dérangeant les pêcheurs, les poissons et participant aussi à une érosion accélérée des berges. Mais peut-on condamner l’inconscience de l’homme ? Non écrit-il, et lui même ne les condamne pas et les comprend :

I know that if one of these men were asked to justify his sport he would certainly say that there is pleasure in the ownership and use of a fine boat, and that there is a pleasure in speed. I would agree. Some of these boats are indeed beautifully made; I understand the satisfaction there would be in the maintenance and use of one. And I also am a creature of the time and know the pleasure of going fast.

Je sais que si l’on demandait à l’une de ces personnes de justifier ce loisir, elle dirait certainement qu’il y a du plaisir dans la possession et l’utilisation d’un beau bateau, et qu’elle  trouve du plaisir dans la vitesse.  Je serai d’accord. Quelques-uns de ces bateaux sont magnifiquement construits. Je comprends la satisfaction qu’il y a dans leur entretien et leur usage. Et je suis moi-même un être du temps et sais le plaisir procuré par la vitesse.

Wendell Berry comprend que le plaisancier agisse de manière égoïste, il le ferait lui-même s’il n’était pas au courant de l’impact d’un tel comportement. Il se pose alors la question : comment faire pour que cette habitude cesse ? Il revient donc à la société entière de se demander si elle ne pourrait pas avoir un impact moindre sur la nature, pour le bien de tous et pour un usage pérenne des rivières et espaces ruraux. En effet, une fois qu’il sera avéré que la vitesse excessive et un trop grand nombre de personnes sur les rivières nuisent gravement à la santé de celles-ci, peut-on moralement les laisser faire ? La réponse qui lui vient à la plume est naturellement un non ferme et il va plus loin en mettant en avant le besoin de légiférer sur ces questions. Mais encore une fois, la loi n’est là que pour poser des jalons à la société. Il est du ressort de chaque citoyen de faire attention à respecter la loi et par extension la nature.

Le maître mot qui revient dans « The Nature Consumers » est ignorance : « To know these places, because to know them is to need them and respect them and be humble before them, is to preserve them. To fail to know them because ignorance can only be greedy of them, is to destroy them. » (Connaître ces endroits, car les connaître c’est en avoir besoin et les respecter et rester humble, c’est les préserver. Ne pas réussir à les connaître, demeurer dans l’ignorance, ne peut entraîner qu’avarice à leur égard, et revient à les détruire). L’écologie et le respect passent donc par l’éducation. L’importance de connaître son endroit est un point essentiel pour cet écrivain. En effet, l’idée d’appartenance à un endroit (et non pas le contraire) passe par une connaissance adéquate de cet espace, en cherchant continuellement à percer les mystères de la nature, en cherchant à comprendre en quoi il est primordial de s’imprégner d’un endroit pour agir de manière adéquate.

Les questions que Wendell Berry soulève dans son essai peuvent s’appliquer encore aujourd’hui et en de nombreux domaines pas forcément limités à l’écologie ou à l’éthique environnementale.

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2 réponses à “Les consommateurs de la Nature

  1. Pingback: Pour une nouvelle éthique environnementale. « Lettres américaines

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