Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

The Book of Yaak (Le livre de Yaak)

Dans le titre il y a de quoi interpeler : Yaak. Autant le dire tout de suite, ceci n’a rien à voir avec l’animal, le yack. Le Yaak est une petite vallée de moyenne altitude, située au nord ouest du Montana, à la frontière avec le Canada. « Yaak » est le mot Kootenai pour « flèche ».

Le livre de Yaak ne contient pas vraiment une histoire, pas à proprement parler, il s’agit plutôt d’un plaidoyer de l’auteur, Rick Bass, pour sa vallée. En effet, le discours profondément engagé pour la préservation de ses montagnes montre tout le désespoir de l’auteur face à une industrie avide de profits, un État désengagé et désintéressé, et un espace naturel toujours plus menacé. Écrit en 1996, Le livre de Yaak regorge d’images poignantes, d’exemples où la relation entre un homme et son environnement confine à la magie et au sublime, où le « wilderness » prend tout son sens. Ainsi, Rick Bass est partagé entre écrire pour faire connaître sa vallée et son combat à travers l’art et le besoin de l’action directe, tant il est urgent de se mobiliser pour ces endroits cruciaux pour la biodiversité. « Si votre maison brûle, qu’allez-vous faire ? Attraper un seau d’eau pour combattre les flammes, ou prendre un peu de distance et écrire un poème ? » (Le livre de Yaak, traduction de Camille Fort-Cantoni). Cette terrible métaphore résume un peu cet ouvrage. S’agit-il d’un énième seau d’eau jeté désespérément pour éteindre un feu, ou d’un dernier poème sur un espace qui ne sera bientôt plus ?

Mais heureusement, tout n’est pas noir de cendre dans ce merveilleux livre ! L’espoir n’est jamais loin : Rick Bass relate de nombreuses rencontres avec différents animaux sauvages : élans, caribous, coyotes, loups, ours, et dresse tel John Muir de longues listes de plantes et d’oiseaux que l’on peut trouver dans ses montagnes. Si ces rencontres ne sont pas forcément physiques ou visuelles, elles le sont par l’atmosphère et les sensations qui en découlent. Ainsi, une terre de loups est une terre de mystères. Et le mystère est lui-même source inépuisable pour l’écriture et la création. À ce titre, il est intéressant de comparer comment différents auteurs d’un même genre littéraire perçoivent leur habitat, leur endroit. Rick Bass a besoin d’une part de mystère pour pouvoir se sentir exister dans cet endroit, alors que Wendell Berry, au contraire, sait qu’il ne sera jamais complètement intégré dans un endroit tant qu’il ne le connaîtra pas parfaitement, ou tout au moins, de manière adéquate. La lecture du Livre de Yaak n’est pas non plus sans rappeler les Transcendentalistes et en particulier le Thoreau qui s’isola pendant deux ans à Walden Pond — récit que l’on trouve facilement en France sous le titre de Walden ou la vie dans les bois, ou en version originale, Walden or Life in the Woods.

La grande différence existant entre Rick et ces deux autres auteurs est que Rick Bass reste avant tout un écrivain du « wilderness. » La vie n’est pas régie selon des principes humains mais elle suit les rythmes de la nature, aussi durs puissent-ils être car ils ne tolèrent pas d’autres rythmes. Comme il aime à le répéter, ce n’est pas tant l’homme qui choisit s’il va vivre ou non dans le Yaak, mais c’est le Yaak qui choisit qui pourra y vivre, ou non.

Comme je le disais un peu plus haut, Rick Bass est un auteur engagé, mais son engagement ne se limite pas seulement à la nature et à l’écologie, il se dresse aussi contre un système économique qui ne voit en la nature qu’une ressource, une valeur économique et non pas une richesse morale, une valeur esthétique. Le capitalisme est pointé du doigt, tout comme la société de consommation qui participe à la destruction de son environnement, l’État qui ne cherche pas à protéger les derniers espaces sauvages. Ce qui est aussi intéressant dans ce livre est que Rick Bass sait qu’il ne peut pas grand chose seul, et c’est pourquoi il fait appel à l’aide du lecteur en lui demandant de participer au processus de préservation du Yaak en écrivant des lettres, emails, en en parlant autour de lui. Il donne même une liste de personnes et d’organismes à contacter pour participer à la défense du Yaak.

Pour lui, cette démarche fait aussi partie du rythme qu’il retrouve dans la nature, il y a un temps pour tout, un temps pour écrire de belles histoires et un temps pour agir. Le livre de Yaak suit aussi ce rythme avec de très belles histoires, et parfois de l’activisme.

En vous souhaitant de chouettes lectures,

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4 réponses à “The Book of Yaak (Le livre de Yaak)

  1. Pingback: Contrée indienne | Lettres et littérature américaines

  2. Mary 03/30/2014 à 14:00

    Je viens de finir, et je n’en suis toujours pas revenue. J’ai l’impression d’être revenue à l’état sauvage pendant cent cinquante et quelques pages. Incroyable ! De fait, chronique disponible, ainsi que celle d’Indian creek.
    A très bientôt !
    Mary

    • lettresus 03/30/2014 à 14:35

      C’est le premier livre Rick Bass que j’ai lu et autant dire que je suis devenu fan de cet auteur. C’est une figure montante du genre et il est très prolifique ! Je suis allé voir ta chronique du Livre de Yaak, elle est très bien écrite ! Bon choix de photos aussi !

      Il est intéressant que l’on n’ait pas la même lecture du livre, la pluralité des regards permet de mieux percevoir le côté enchanteur de ce livre — et plus globalement, c’est aussi ce qui fait la richesse des blogs. Folfaerie de « lectures au coin du feu » a aussi un avis sans partage de ce livre (http://lectures-au-coin-du-feu.over-blog.com/le-livre-de-yaak-rick-bass).

      Bon dimanche,

      • Mary 03/30/2014 à 14:40

        Je suis séduite aussi, et je pense en lire d’autre de lui.

        Quant aux lectures, elle diffèrent selon chacun, obligatoirement, car on mets forcément un peu de nous dans la lecture. Et c’est aussi à ça que servent les blogs, à partager ! Je vais aller voir la chronique de Folfaerie de ce pas.

        Bon dimanche à vous aussi!

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