Lettres et littérature américaines

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My First Summer in the Sierra (Un été dans la Sierra)

My First Summer in the Sierra (MFSS) publié en 1911 ou Un été dans la Sierra pour la traduction française est le journal intime que John Muir a tenu lors de sa première excursion dans la Sierra californienne, en 1868, alors qu’il avait à peine trente ans. Il part en expédition dans ces montagnes et vallées avec un petit groupe de personnes pour garder des moutons, les mener vers les hauts pâturages, et les ramener à la fin de la saison dans les basses plaines. Si au début John Muir appréhende ce départ car « I judged, however, that I was in no way the right man for the place, and freely explained my shortcomings » (je jugeai,s cependant, que je n’étais certainement pas la bonne personne pour cet endroit, et présentais sincèrement mes défauts), à la fin de la saison, c’est avec un profond regret qu’il doit redescendre vers les plaines, et s’en retourner à la civilisation. Et pour cause, John Muir s’est parfaitement acclimaté à cette région, ce fut même une révélation car quelques années plus tard il se battra farouchement pour la préservation de cette vallée du Yosémite et en particulier celle de Hetch Hetchy.

Si John Muir décide de publier MFSS près de 40 ans après l’avoir écrit ce n’est pas pour rien. A partir des années 1890 il devient de plus en plus connu pour son combat dans la protection de l’environnement sauvage – que ce soit le Yosémite, le Yellowstone, ou la région du Grand Canyon, la Vallée de la Mort, &c. Après le tremblement de terre qui secoua et fit mettre un genou à terre à la ville de San Francisco en 1906, les autorités fédérales et gouvernementales décident de construire un réservoir hors d’atteinte d’un prochain séisme pour que la ville soit toujours alimentée en eau et en électricité. Plusieurs endroits sont choisis dont une vallée du Yosémite, le Hetch Hetchy. Pour John Muir ceci représentait une véritable catastrophe car cette vallée était un miracle de la Nature, une cathédrale glorieusement dressée par l’action des glaciers, et de l’érosion sur des milliers et des milliers d’années. Le débat pour savoir s’il fallait ou non construire ce fameux barrage à Hetch Hetchy s’enlisant, John Muir publia son journal intime dans lequel il célèbre à chaque instant le sublime, rencontré à chaque pic, vallée et forêt. Sans entrer trop dans les détails, il y avait d’un côté un mouvement pour la conservation de la Nature représenté par Gifford Pinchot (qui voulait une utilisation raisonnée et éthique des ressources naturelles) et de l’autre côté le mouvement pour la préservation de la Nature représenté par John Muir (qui voulait garder des espaces naturels pour leurs qualités esthétiques) et aucun des deux n’avaient réussi à prendre un avantage suffisant sur l’autre. Finalement, en 1913 le Congrès américain donne raison à Gifford Pinchot et la construction du barrage à Hetch Hetchy commence dès 1915.

MFSS est donc un livre à lire avec beaucoup d’attention car non seulement l’auteur porte un message puissant et fort sur la nature telle qu’elle était à la moitié du 19eme siècle en Californie, mais aussi parce que les descriptions faites par John Muir sont particulièrement parlante et vivante. Ce qui frappe surtout à la lecture est le nombre de points d’exclamation sur la beauté de la nature ! En tout, ce sont 69 points d’exclamation, soit un toutes les deux pages et demie. Il répète aussi n’avoir encore jamais vu tel paysage, telle pureté dans un lieu et il donne l’impression que plus il avance plus les merveilles de la nature se font visibles . Contrairement à certains autres de ces livres (comme Our National Parks, The Yosemite ou The Mountains of California) MFSS est facile à lire, agréable et donne réellement envie de se rendre dans ce pays magique.

Ses rencontres avec les animaux (comme l’écureuil, le néotoma, les cerfs, les ours, &c), les plantes, les paysages et les indiens témoignent d’une réelle volonté de la part de l’auteur de s’approcher au plus près des éléments et de communier avec la Nature, souvent pour son plus grand plaisir et plus rarement à ses dépends – comme lorsqu’il désire observer un ours en mouvement, il s’élance sur lui en criant et gesticulant pour l’effrayer, mais l’ours au lieu de prendre ses jambes à son cou lui fait face et devient même menaçant. A travers ses descriptions majestueuses, se dessine en filigrane une société naturelle où chaque élément à sa place, où rien ni personne n’est mis à l’écart. Cette société naturelle fonctionne comme un grand écosystème, une famille qui a besoin des uns et des autres pour exister.

Ce qui marque surtout le lecteur est la luminosité qui se dégage des paysages : les rochers brillent sous le soleil, la lumière filtrée par les aiguilles de pins et les feuilles rendent une atmosphère féérique et les pics enneigés resplendissent à travers les vallées.

En vous souhaitant une agréable lecture.

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