Lettres et littérature américaines

Le blog nature writing

Confessions of a Barbarian

Je tiens à commenter délibérément un livre moins connu que Desert Solitaire ou The Monkey-Wrench Gang d’Edward Abbey. Ce sera pour plus tard. Comme le titre de cet article l’indique, je vous parlerai de Confessions of a Barbarian. Tout d’abord, ce livre n’en est pas un, pas à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une compilation de ses journaux intimes qu’il a tenu de 1946 à quelques jours avant sa mort le 14 mars 1989. Le résultat de son journal intime est forcément massif : une série de vingt carnets.

David Petersen, qui a choisi et compilé ces carnets en un seul volume, divisé en vingt parties, pour un total d’un peu moins de 400 pages, a fait un travail pour le moins admirable car à aucun moment le lecteur ne se rend réellement compte de la censure. Il ne faut pas prendre ce terme comme péjoratif ici, il était à mon avis inconcevable de publier tous les carnets, il fallait couper, cisailler, réduire la sauce. Le résultat est époustouflant. Non seulement le lecteur se rend compte du génie de cet homme grâce à la lecture de son intimité, mais il peut aussi apprécier l’évolution de son écriture et de son style, sans mentionner tout ce que l’on peut apprendre sur la vie d’Edward Abbey.

L’Edward Abbey que nous avons dans ses confessions n’est définitivement pas le même que celui de ses fictions et non-fictions. C’est un homme qui doute énormément et à chaque instant, à propos de tout : ses femmes (rappelons qu’il s’est marié quatre fois), son travail, l’Art, le futur, &c car il ne fut reconnu comme écrivain de l’Ouest Américain que sur le tard. Ce qui fascine aussi c’est le changement entre le jeune homme impulsif et roublard et le vieil homme posé, conscient de l’importance de savoir profiter des joies simples et des beautés de la nature.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la nature n’est pas au cœur de son journal, pour cela il faut se reporter à ses autres œuvres comme Desert Solitaire ou Beyond the Wall (Un fou ordinaire) par exemple. En revanche, ce qui revient depuis ses 25 ans est le besoin et la volonté de créer une véritable œuvre d’Art, de travailler chaque jour l’écriture, jusque dans son journal intime. « What is the artist? He is a miracle worker: makes the blind to see, the insentient to feel, the dead to live » (Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un faiseur de miracles : il rend la vue à l’aveugle, les sens à ceux qui n’en ont plus, la vie aux morts).

Art et nature sont néanmoins profondément liés – comme chez les autres écrivains de la nature – la nature étant la forme d’Art suprême, ce qui le rapproche de John Muir, la nature étant elle-même une artiste. L’art pour Edward Abbey devient aussi moyen de contestation afin de révéler au plus grand nombre possible les affres de l’industrialisation du monde, la manière dont sont gérés les parcs nationaux et surtout ce qui est toléré au nom du progrès.

Finalement, le titre Confessions of a Barbarian est un titre bien choisi. Il est inutile d’expliquer pourquoi « confessions », mais le côté barbare peut prêter à confusion, car ce n’est pas tant Edward Abbey qui était un barbare au sens propre, un étranger dans un monde qui ne cautionne que du formaté, mais un barbare pour les barbares !

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Une réponse à “Confessions of a Barbarian

  1. Pingback: Edward Abbey, increvable ! | Lettres et littérature américaines

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